A propos

Il est difficile de publier en France sur le Sahara occidental et le conflit qui s’éternise depuis 1975 entre le Maroc et le Front Polisario. Pourtant, il est passionnant. Il parle de géopolitique, de politique intérieure, d’amitiés franco-marocaines, d’intérêts économiques et financiers, de droits de l’homme, de violences inquiétantes, de manipulations de population, de souffrances (surtout)…

En Espagne, le Sahara occidental occupe une place importante dans la presse nationale. Le Sahara occidental a été colonie espagnole durant près d’un siècle (jusqu’en 1975). En France, au contraire, le sujet est très rarement abordé dans les media. Pourtant, la France n’est pas sans lien avec cette région du monde. Des relations très étroites, culturelles, humaines, politiques et économiques, existent entre le Maroc et la France. Sans risquer de se tromper, on peut dire que cette histoire explique les raisons du soutien sans faille que la France apporte au royaume, notamment par son vote au Conseil de sécurité de l’ONU, chaque mois d’avril, toujours conforme aux intérêts du pouvoir marocain. Des observateurs, des ONG, des militants pointent d’ailleurs cette politique à deux vitesse, en soulignant que pour l’Egypte, la Tunisie, la Lybie ou encore la Syrie, le « pays des droits de l’homme » s’est fait le chantre de « la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Je ferai remarquer que ce ralliement humaniste, par la bouche par exemple du Ministre des affaires étrangères le 16 avril 2011, a eu lieu quand la révolte populaire prenait une ampleur incroyable. Pas avant.

A partir de combien de manifestants un Etat aussi impliqué historiquement et économiquement que la France dans cette région du monde prendra position pour une cause aussi belle que celle de l’autodétermination des peuples et contre le maintien au pouvoir d’une oligarchie ? Combien faut-il de morts ? Les Sahraouis ne cessent de se poser la question, sans beaucoup d’illusions je crois.

Parmi toutes les hypothèses qui peuvent être avancées pour essayer de mieux comprendre la réticence de la presse à évoquer le conflit du Sahara occidental, une autre raison sera également à approfondir : la mauvaise image du Front Polisario. Quelle réalité peut vraiment se cacher derrière un mouvement de «libération», soutenu et financé par Cuba, le Vénézuela, la Lybie, l’Algérie, créé en 1973, dont le secrétaire général, élu depuis 1976, est également président d’une «République arabe sahraouie démocratique» confinée sur environ 20 % du territoire du Sahara occidental et une zone désertique que l’Algérie met à disposition pour accueillir des dizaines de milliers de réfugiés ?

La propagande marocaine relayée largement en France contribue à façonner cette image négative que le Front Polisario traîne derrière lui. Les accusations de séquestration (des sahraouis vivant dans les camps situés en Algérie), de trafic de drogues, de liens avec Al Qaida (comme récemment encore suite à l’enlèvement de trois coopérants européens à Rabouni) se multiplient à travers dépêches d’agences de presse, reprises in extenso dans certains hebdomadaires sans plus de vérification, sites web…

Alors, oui, le sujet est complexe. D’où ce blog dont le but est d’essayer de regarder la situation actuelle avec le plus de discernement possible. Sans parti pris. Une tâche ardue pour, notamment, éviter l’amalgame facile qui consiste, comme le pouvoir marocain le fait systématiquement, à qualifier de «polisario» tout Sahraoui qui milite, revendique, proteste.

En exploitant cet amalgame, le Maroc sait bien sûr que cette image négative peut lui être profitable. Mais, je note malgré tout que le Front Polisario a représenté et représente toujours le symbole d’une unité pour les sahraouis. Ce mouvement politique armé est sous pression actuellement ; des sahraouis revendiquent un changement parmi les têtes dirigeantes. Mais, le fait est qu’il reste un élément fédérateur pour ce peuple éparpillé un peu partout dans le monde.

Le seul parti pris sera celui de la justice et des grands principes du droit international.

Ce site veut être un support d’informations initié et actualisé par un journaliste, au fil de l’actualité relative au conflit du Sahara occidental, pour en permettre une compréhension plus fine. Il n’est pas un site militant.

10 Réponses à A propos

  1. mallet le 25 avril 2012 à 15 h 08 min

    Comment observer et mesurer à ce jour, la présence et les risques d’actions d’Al Qaida sur ce territoire ? Je pense principalement à « l’endoctrinement » de certains Sahraouis en détresse.
    Vraiment ce blog me permet de connaître et de mieux comprendre cette situation.
    Merci à vous pour ce travail

    • Olivier Quarante le 28 avril 2012 à 14 h 14 min

      merci pour votre commentaire. Vous posez là une question importante. On voit aujourd’hui un intérêt marqué pour cette région de l’Afrique justement parce qu’y plane l’ombre d’AQMI. On constate une présence dans le sud de l’Algérie (de nombreux responsables d’aqmi sont algériens), encore plus récemment au Mali, scindé en deux avec une forte pression d’aqmi sur les indépendantistes du nord.
      Maintenant, je sais aussi que cette présence, avérée ou potentielle, de groupuscules d’al qaida dans cette région est instrumentalisé par le Maroc depuis des années déjà. Le Polisario étant présenté comme un bras armé d’aqmi. Derrière chaque soulèvement au Sahara occidental, le Maroc, relayé par de nombreux media, voit -de plus ou moins bonne foi ?- la manipulation d’aqmi. Donner raison au Maroc serait donc pour les puissances occidentales un moyen de sécuriser la zone et éviter que la contagion terroriste ne s’étende un peu plus.
      Pour conclure, je distinguerai le Sahara occidental tellement militarisé que la présence d’aqmi ne semble pas évidente et le reste du Sahara occidental et le sud-ouest de l’Algérie où sont réfugiés des Sahraouis.
      L’embrigadement de jeunes Sahraouis est quelque chose de probable, qui fait peur aussi aux Sahraouis, car l’idéologie défendue par aqmi est tout à fait incompatible avec les valeurs des Sahraouis et leur dessein politique.

      Pour aller plus loin, un article généraliste paru dans le supplément Géopolitique du Monde du 22 avril 2012 et que l’on peut retrouver ici

      Olivier Quarante

  2. Soizic er guetan le 31 juillet 2012 à 15 h 09 min

    Je trouve votre analyse assez juste et elle a, à mes yeux, le mérite d’exister. le Sahara, Occidental pour les uns, Marocain pour les autres, est un sujet passionnant à tous points de vue, mais qui ne semble pas déchaîner les foules, hélas ! Le silence est de mise : contraint à l’intérieur, consenti à l’extérieur. Y’a du souci à se faire.
    Bravo pour votre blog que je vais consulter régulièrement.

  3. toumi le 19 janvier 2014 à 18 h 06 min

    Bonjour; si vous êtes aussi impartial que vous le prétendez; pourquoi vous ne parlez jamais du rôle de l’Algérie dans ce conflit? Je vous signale que ce régime a dépensé des milliards et des milliards de dollars . pourquoi faire? Par principe du soutien au peuple a leur droit d’auto détermination? Ou pour autre chose?
    Merci

    • Olivier Quarante le 20 janvier 2014 à 11 h 58 min

      Re-bonjour,
      Je viens de répondre à votre premier commentaire dans la page L’auteur.
      Depuis que je travaille sur le sujet, je sais bien qu’une des stratégies pour minimiser la politique répressive et colonialiste menée par le Maroc au Sahara occidental est d’ouvrir un second feu en visant l’Algérie.
      A vous entendre et à entendre les responsables politiques marocains, c’est presque l’Algérie qui serait responsable de la situation… Il faudrait pouvoir revenir sur le contentieux qui existe depuis des décennies entre ces deux pays (la bataille des sables, la revendication de la région de Tindouf, la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique par l’Organisation de l’Union africaine en 1982, la fermeture des frontières…), mais je n’en ai pas le temps ici.
      Je pense que le sujet vaut mieux que des attaques personnelles. Est-ce que je suggère aux personnes qui lisent notre échange que vous êtes intervenu samedi lors de la projection d’El problema à Rezé, piloté par le consulat du Maroc de Rennes ou d’ailleurs ? A Redon en juin dernier, quatre ou cinq envoyés spéciaux du consulat sont venus à une projection identique et ont usé de cette même tactique qui consiste à attaquer l’Autre, celui qui ne pense pas comme le pouvoir marocain, en cherchant à le discréditer. J’espère qu’ils ont réussi à se faire rembourser les boissons qu’ils ont consommées avant et pour lesquelles ils ont demandé une facture…
      Alors, usez d’arguments et d’informations précises si ce qui vous anime est l’information du public et l’échange respectueux. Merci

  4. Jack le 21 janvier 2014 à 22 h 02 min

    Je decouvre un probleme assez touchant. Mais; hier j’ai lu un commentaire d’un intervenant qui reparle du role de l’Algerie dans ce conflit; et en ouvrant cette page ce soir , le texte a été supprimé. Est ce normal?
    Au fait, C’est quoi ces milliards de dollars dépensés par l’Algérie dans cette affaire?
    Merci

  5. godot le 21 janvier 2014 à 22 h 53 min

    Bonjour Mr le justicier
    Elle est ou la liberté d’expression? les gens qui ne pensent pas comme vous sont ils sanctionnés ? Avec votre attitude, vous confirmez que vous vous n’etes pas serin . Ce n’est pas responsable de supprimer les interventions des gens qui ne sont pas d’accord avec vous.Ce n’est pas du journalisme indépendant et objectif.
    Je suis un simple citoyen qui s’intéresse a ce qui se passe dans cette partie de l’Afrique.Je ne porte pas de jugement préconçu, je ne représente aucune entité, j’essai de comprendre tout simplement. Mais malheureusement,vous êtes loin d’être objectif et franc. Votre voyage a Tindoufe en Algérie? Qui l’a financé? Les pétrodollars du pouvoir Algérien vous fait oublier votre neutralité peut être!!! En tout cas, je vous laisse avec votre conscience.

    • Olivier Quarante le 26 janvier 2014 à 20 h 08 min

      Bonsoir Monsieur Fouad Tomi,
      vos commentaires postés ces derniers jours sur ma page A propos peuvent tromper les visiteurs de mon blog, et c’est surement le but. Mais, que vous signez soit Godot, soit Jack, soit de votre (vrai ?) nom, j’ai bien remarqué qu’ils provenaient d’une seule et même personne, vous-même.
      Pour preuve que je laisse les visiteurs publier leur commentaire en toute liberté, j’ai en effet été amené à supprimer a posteriori l’un de vos nombreux messages car je le trouvais trop insultant. Comme l’est d’ailleurs votre dernier commentaire, cher Godot ! J’au financé moi-même mon voyage dans les camps de réfugiés de Tindouf grâce à la vente d’articles à plusieurs journaux et magazines. Je procède de la même manière pour mes deux déplacements au Sahara occidental.
      Bien à vous

  6. Valor le 21 avril 2014 à 11 h 44 min

    Bonjour Mr Quarante
    Vous dites que le but de votre blog est de regarder la situation avec le plus de discernement possible.Sans parti pris…Mais en lisant vos propos,le ton est toujours le même d’un côté la victime le Polisario,le régime algerien qui n’a rien à voir avec le problème,la propagande du Maroc colonialiste…etc.Ceci est votre droit bien sur ,mais on peut aussi être en droit d’attendre de vous encore un petit effort de discernement pour vous démarquer d’une thèse qui n’est que celle que veut faire croire le Polisario actuel et le régime algerien et que dénonce tous ceux qui ont pu fuir les camps de Tindouf y compris les nombreux ex dirigeants et fondateurs du Polisario.Certes il y a des Sahraouis indépendantistes comme il y a des unionistes comme il y a une majorité silencieuse qui n’aspire qu’à vivre en paix.De là à privilégier toujours la même thèse n’est ce pas du parti pris?
    Cordialement

    • Olivier Quarante le 29 avril 2014 à 9 h 11 min

      Bonjour,

      vous postez depuis quelques jours des commentaires sur mon blog Nouvellesdusahara.fr
      Vous considérez que mes articles ne sont pas objectifs. Vous avez tout à fait le droit de penser cela. Je ne peux pas répondre à tous ces messages. D’ailleurs, à quoi bon ? Ils vont toujours dans le même sens. Je crois que vous n’essayez pas de débattre, mais bien de discréditer mon travail. Sinon, un message aurait suffi. Je vous le redis : vous avez tout à fait le droit de penser ce que vous voulez de mon travail, je vous accorde même le droit de l’exprimer sur mon blog (pour preuve, le message qui figure donc juste au-dessus).

      Dans ce seul message, vous parlez des sahraouis unionistes et des sahraouis indépendantistes.
      Il ne vous a pas échappé que j’avais publié un bout de l’enregistrement effectué d’une rencontre avec M. Cherkaoui. Le président de du CRDH parle d’une 3ème voie, celle de ces Sahraouis -cette majorité silencieuse, comme vous dîtes- qui aspireraient surtout à vivre en paix.
      Si j’ai retenu ce passage-là, c’est bien parce que je pense que cette idée de « 3ème voie » (appelons-la comme ça) est intéressante.
      Maintenant, qu’en faire ? Si cette « majorité silencieuse » existe bel et bien, comment prouver son existence puisqu’elle est… silencieuse. Les familles où je suis allées, les Sahraouis que j’ai croisés, dans bien des circonstances, expriment bien autre chose.
      Je ne sais pas qui vous êtes (car, vous avez beau attaquer, comme d’autres, mes écrits, mais ces derniers sont visibles, connus ; en face, en revanche, mes « détracteurs » avancent toujours à visage couvert… qui êtes-vous donc ?), mais peut-être avez-vous une vision partielle, voire très insuffisante de la situation au Sahara occidental, comme dans les camps en Algérie ?
      Si ce n’était pas le cas, vous constateriez aisément que la mobilisation des Sahraouis s’étend. Il y a eu Gdeim Izik d’abord, fin 2010. Un événement essentiel dans l’histoire de la contestation sahraouie. Ce « camp de la dignité » a réuni jusqu’à environ 20 000 Sahraouis, ce qui est très important quand on ramène le chiffre à la population sahraouie (chiffre qu’approximatif). Comme me l’a dit un militant sahraoui, depuis Gdeim Izik, les gens n’ont plus peur désormais.
      Je retiendrai également la manifestation organisée début mai 2013, au lendemain de la décision du conseil de sécurité de l’ONU de refuser l’extension du mandat de la MINURSO. A El Ayoun, le chiffre qui revient et qui semble faire consensus est de 2000 personnes. Ce qui en fait la plus grande manifestation urbaine. Il faudrait y ajouter les manifestations qui ont été organisées dans d’autres villes du Sahara occidental. Il faut comprendre le sens de ces mobilisations, dans un contexte social très tendu, au milieu d’une présence policière très importante, mêlant agents en uniforme et agents en civil, avec, comme le dénonce le CNDH local, une pratique récurrente des violations de maisons.

      Ces deux exemples prouvent pour moi que la mobilisation sahraouie rassemble largement.

      Enfin, vous parlez des « unionistes ». Là encore, il est très difficile de donner un crédit suffisant à ces sahraouis qui s’activent dans des associations ou dans des cercles liés au pouvoir marocain. J’ai beaucoup d’exemples d’associations qui ont été créées dans le but de semer la confusion avec d’autres associations, illégales celles-là car « sahraouies ». Il arrive que ces associations, qui relaient fidèlement la propagande marocaine, soient créées juste avant la venue d’un représentant de l’ONU ou d’une mission menée par une ONG.
      Ces « unionistes » ont d’ailleurs été reçus par les émissaires de l’ONU.

      Deux remarques :
      -que ces « unionistes » existent ou pas, cela doit-il enlever le droit aux autres, fussent-ils minoritaires, d’exprimer leur position ?
      -Admettez avec moi que si un mouvement unioniste existait en tant que tel et avait une certaine ampleur, il serait difficile de comprendre l’opposition du roi à l’organisation du référendum d’autodétermination.
      Comme le dit régulièrement Aminatou Haidar, le moyen le plus simple et incontestable de savoir si le « peuple du Sahara occidental » (seul habilité à voter selon les termes des résolutions de l’ONU) est divisé est d’organiser ce référendum.
      Qu’en pensez-vous ?

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