Ban Ki-moon fait marche arrière devant Mohamed VI

23 janvier 2015
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Ban ki moon au tel

(Actualisé le 29 janvier 2015 à 16 h)

Mohamed VI l’avait dit une nouvelle fois avec force à l’occasion de son dernier discours anniversaire de la Marche verte, le 6 novembre 2014 : le Sahara occidental restera dans le Maroc jusqu’à la fin des temps.

Le ton était donné. Et le message était, comme d’habitude, adressé davantage à l’extérieur qu’à l’intérieur du royaume. En l’occurrence à l’ONU.

Depuis le dernier rapport présenté par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en avril dernier, la diplomatie marocaine redoublait d’effort pour contrarier la menace que brandissait le diplomate coréen.

Ce dernier avait en effet annoncé que si rien n’avançait d’ici à la fin avril 2015, c’est tout le cadre des négociations qui est en vigueur depuis 2007 qui serait remis sur la table.

Une sorte d’ »ultimatum » qui n’avait pas échappé à Mohamed Abdelaziz, le secrétaire général du Front polisario et président de la République arabe sahraouie démocratique. Le 23 novembre dernier, il avait expliqué sur RFI que le 30 avril 2015 serait une échéance clé.

 

« Dans le respect strict de son mandat actuel« 

 

Cette « menace » arrivait après d’âpres discussions autour de la question qui est devenue centrale dans le dossier du Sahara occidental : les droits de l’homme et l’extension du mandat de la Minurso, la mission onusienne, pour lui permettre d’en surveiller le respect.

Lire sur cette question :
http://www.nouvellesdusahara.fr/demande-par-ban-ki-moon-le-mecanisme-de-surveillance-des-droits-de-lhomme-rejete-par-le-conseil-de-securite/

Pour Mohamed VI, l’idée de mettre en place un mécanisme de surveillance des droits de l’homme, comme Ban Ki-moon l’a demandé explicitement en avril 2013, a toujours été une ligne jaune à ne pas franchir.

Il avait pu le rappeler au secrétaire général de l’ONU en avril dernier. Il avait été jusqu’à menacer de retirer sa confiance à la Minurso si cela devenait réalité.

C’est donc dans ce contexte qu’il faut comprendre l’annonce du cabinet royal d’hier soir.

« Ban Ki-moon a précisé que la Minurso poursuivra sa mission dans le respect strict de son mandat actuel », peut-on lire dans le communiqué.(1)

Cette annonce a été confirmée par l’ONU elle-même :

« (Ban Ki-moon) confirmed that reports to the Council on this issue will remain objective and reflect facts.  He also reiterated that the UN Mission in Western Sahara, MINURSO, will continue to exercise its existing mandate as set forth by the Security Council. » (2)

Cette déclaration est une évidente victoire pour le pouvoir marocain.

D’ailleurs, il est à noter que les propos de Mohamed VI tenus au cours de cette même conversation en réaction à ceux du Secrétaire général de l’ONU, qui se voulaient rassurants, semblent plutôt portés leur fruit, puisqu’une prochaine visite au Sahara occidental de Christopher Ross, l’envoyé personnel de l’ONU, a été évoquée par le ministre des affaires étrangères du Maroc le 28 janvier, selon Tel Quel.

 

Comment l’expliquer ?

 

Probablement faut-il la mettre en lien avec les derniers développements de cette semaine sur la crise franco-marocaine.

En effet, nous avons assisté ces jours-ci à plusieurs indices qui laissent penser que l’absence de « réelle volonté politique » prêtée à la France par le ministre des affaires étrangères du Maroc pour apaiser les tensions qui empoisonnent le climat entre les deux pays depuis un an serait bientôt un vieux souvenir.

D’abord, il y a eu l’annonce d’un « prochain » voyage de Laurent Fabius au Maroc. Dans la foulée, le ministre Mezouar s’est invité en France pour ce vendredi.
Ensuite, est tombée la dépêche de l’agence de presse Reuters rapportant l’objet des transactions marocaines :

1/immunité pour les officiels marocains sur le sol français contre reprise des accords de coopération judiciaire et policière gelés depuis la fin février 2014 (3) ;

2/demande de signes réitérés du soutien français sur le dossier du Sahara occidental.

L’annulation du voyage du chef de la diplomatie marocaine en France peut être perçue comme un énième rebondissement dans des relations décidément très particulières, comme le raconte l’historien Pierre Vermeren sur le site OrientXXI (4).

 

Renseignements en panne

 

La conversation téléphonique échangée hier soir entre le roi et le SG de l’ONU, et largement relayée par de nombreux titres de la presse marocaine, est à appréhender dans ce contexte.

Ce ne serait pas la première fois que les Sahraouis, et au-delà la résolution de ce conflit qui occupe la communauté internationale depuis 50 ans et entretient le contentieux entre le Maroc et l’Algérie, pâtirait de ces arrangements actés au nom de l’amitié franco-marocaine.

Cette fois-ci, la raison probable en est la lutte contre le terrorisme, la France se trouvant amputée depuis un an de renseignements de la part des services secrets marocains, renseignements devenus vitaux quand on découvre qu’un des auteurs des exécutions qui ont touché l’hexagone il y a deux semaines a voyagé à plusieurs reprises au royaume chérifien.

La reprise du dialogue avec le Maroc devient donc une priorité absolue. Le secrétaire général de l’ONU paie-t-il cette urgence en ayant été contraint (avec quels arguments ?) de faire marche arrière et de revenir au dialogue policé habituel réservé au Maroc ?

(1)http://www.maroc.ma/fr/activites-royales/sa-majeste-le-roi-recoit-un-appel-telephonique-du-secretaire-general-de-lonu

(1bis)http://telquel.ma/2015/01/28/onu-maroc-christopher-ross-bientot-au-maroc_1432144

(2)Traduction : »(Ban Ki-moon) a confirmé que les rapports au Conseil sur cette question resteront objective et refléteront les faits. Il a également réitéré que la Mission de l’ONU au Sahara occidental, la MINURSO, continuera d’exercer son mandat actuel comme indiqué par le Conseil de sécurité. »

(3)http://www.nouvellesdusahara.fr/impunite-contre-cooperation-un-deal-entre-le-maroc-et-la-france-qui-ressemblerait-a-un-chantage/
(4)http://orientxxi.info/magazine/france-maroc-je-t-aime-moi-non,0788

Une Réponse à Ban Ki-moon fait marche arrière devant Mohamed VI

  1. […] Victimes collatérales de ce « réchauffement », les Sahraouis ont pu voir au même moment le secrétaire général de l’ONU rassurer Mohamed VI sur la teneur du prochain conseil de sé…, contrairement à ce qu’il avait annoncé l’année […]

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