Javier Bardem et « la patate chaude », le Sahara occidental

20 février 2014
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Javier Bardem (à gauche) et Alvaro Longoria, le réalisateur de "Enfants des nuages"

Javier Bardem (à gauche) et Alvaro Longoria, le réalisateur de « Enfants des nuages »                       Crédit photo :   O. Quarante

Sorti dans une trentaine de pays dans le monde, le documentaire « Enfants des nuages », qui traite du conflit du Sahara occidental,  a été présenté mardi 18 février à Paris. Une sortie nationale en salles est annoncée en France pour le 30 avril. Un différé qui en dit long sur le black out français.

Déjà le 9 juillet 2012, Nouvellesdusahara.fr publiait un article qui faisait état de l’impossibilité pour l’équipe du documentaire de le faire programmer en France. Mardi 18 février, les propos tenus  lors de la conférence de presse organisée à Paris par l’association « Espagnoles en Paris », par Javier Bardem, co-producteur de ce film, et par Alvaro Longoria, réalisateur, dénonçaient une nouvelle fois les obstacles qui ont nui à la diffusion en France.

« En France, la distribution commerciale a été très difficile, a expliqué Alvaro Longoria. C’est lié au rôle important de la France (NDLA : dans le conflit) et aussi à l’existence d’une communauté marocaine importante. Le film est souvent perçu comme anti-marocain alors que c’est un film pro-droits de l’homme. Ce film, c’était un peu comme une patate chaude… »

Pointant à plusieurs reprises, avec les autres personnes présentes à cette avant-première, à savoir Kerry Kennedy, présidente du Centre Robert-Kennedy pour les droits de l’homme, Javier Bardem et Aminatou Haidar, le rôle prédominant de la France dans la non-résolution du conflit, le réalisateur a ajouté :

« A quatre reprises, nous avions presque réussi à vendre le film, mais une fois, cela n’a pas été possible en raison d’une interdiction politique« .

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Au-delà des  obstacles  pour la diffusion du film dans le circuit commercial, Alvaro Longoria a raconté les déconvenues vécues par l’équipe lors de ce séjour parisien : « Nous étions en discussion pour que l’on puisse s’exprimer à l’Assemblée nationale, notamment auprès du groupe d’études sur le Sahara occidental. Mais, nous n’avons pas obtenu de rendez-vous. Kerry Kennedy devait rencontrer le président du Sénat mais le rendez-vous vient d’être annulé. »

Consolation peut-être, Javier Bardem, Alvaro Longoria et Victoria Abril, qui prête sa voix pour la version française, ont pu rencontrer Anne Hidalgo, 1ère adjointe au Maire de Paris et candidate socialiste.

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L’acteur Javier Bardem a remarqué pour sa part que certains media n’avaient pas souhaité être présent à cette conférence de presse. « C’est une situation récurrente en France, en Espagne. C’est une chose significative, comme l’est le silence des autorités marocaines dans le documentaire. »

La production a annoncé lors de la conférence de presse une sortie nationale dans les salles de cinéma.  »Wild Bunch, vendeur international, a conclu un accord avec la société française Chapeau Melon Distribution, qui sortira « Enfants des nuages, la dernière colonie » le mercredi 30 avril 2014″, pouvait-on lire dans un communiqué de presse. Un « coup de coeur », si l’on en croit la jeune société (elle a tout juste un an) dont le créateur est l’ancien directeur du cinéma Majestic Passy où a été organisée la projection publique mardi dernier.

D’après ce qu’a laissé entendre le président des Espagnols de Paris, l’association aurait joué un rôle pour que Chapeau Melon s’intéresse à la distribution du documentaire. Il faut attendre pour savoir quelle sera l’importance de la diffusion.

En tout état de cause, ce coup de projecteur mis sur le Sahara occidental montre que la France, dont on dit qu’elle détiendrait la clé de la résolution du conflit, est en effet bien absente. A la table de la conférence de presse, pas un Français (politique, acteur, personnalité de la société civile) n’était assis. La tribune qui a été acceptée par le quotidien Le Monde le 30 décembre dernier est signée… Javier Bardem et Kerry Kennedy. Du côté des journalistes, l’on dénombrait que très peu de titres représentés. Le passage à l’émission du 28 minutes d’Arte et ce soir même au Grand Journal sur Canal + sauveront sans aucun doute une couverture plutôt timide. Pas un rendez-vous politique important qui aurait permis de donner une visibilité plus grande au coup de force tenté par l’équipe de Bardem. Alors que le lendemain de cette projection, le groupe d’études parlementaire inaugurait ses auditions à l’Assemblée…

Alors qu’en France, il existe un réseau d’associations qui défendent, comme Bardem, le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ; alors qu’existent également des associations, des avocats et des journalistes qui dénoncent les violations des droits de l’homme perpétrées par le pouvoir marocain au Sahara occidental… Leurs voix ne portent pas ou peu. Dans ces conditions, la sensibilisation de l’opinion publique française n’en sera que plus difficile. A moins que Javier Bardem ne s’installe en France.

La vidéo de la conférence de presse :

 

Le passage de l’émission du Grand Journal de Canal +

L’article paru dans l’édition datée du 21 février 2014 du Monde

L’émission d’Eric Valmir du 28 février 2014

2 Réponses à Javier Bardem et « la patate chaude », le Sahara occidental

  1. sandra le 22 février 2014 à 0 h 22 min

    Cette injustice infligée au peuple sahraoui a trop duré et il faut que cela s’arrête. J’irais voir le film et je demanderai à tous mes amis d’aller le voir

  2. Magdalena Vermeulen le 9 avril 2014 à 23 h 01 min

    Bonjour,
    Je vous remercie de vouloir partager auprès de votre réseau la campagne de financement participative pour le Festival International de cinéma du Sahara célébré dans des camps de réfugiés Sahraouis au cœur du désert du Sahara, dans le sud ouest algérien.

    http://fr.ulule.com/fisahara/

    Cordialement,
    Magdalena Vermeulen

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