Jean-François Debargue : « La Minurso jette l’éponge »

8 mai 2015
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Photo de Jean-François Debargue prise dans les camps de réfugiés sahraouis

Photo de Jean-François Debargue prise dans les camps de réfugiés sahraouis

Comme souligné dans les textes précédents sur ce blog, on pouvait s’attendre, si l’on lisait scrupuleusement et objectivement le rapport de Ban Ki-moon d’avril 2014, à une évolution dans le dossier du Sahara occidental mis sur la table du Conseil de sécurité le 28 avril dernier. C’était sans compter sur la force de la « realpolitik ». Au lieu d’une avancée, on a assisté à un recul net de la communauté internationale. Celle qui siège en force à New-York en tout cas, puisque d’autres pays, africains en l’occurrence et réunis au sein de l’Union africaine, avaient pris quelques jours avant une position très progressiste et pleine de pistes concrètes.

Pour illustrer cette actualité, je publie une première contribution. L’idée est ici d’apporter un regard éclairé car sensible et très connaisseur du terrain de ce conflit. C’est donc Jean-François Debargue, qui a déjà été publié à deux reprises sur Nouvellesdusahara.fr, qui nous fait partager ses commentaires. Merci à lui.

Perdre espoir

Il est difficile de perdre espoir. Pendant des années je l’ai senti encore bien vivant, dans les conversations, les discours et même dans les interrogations de plus en plus nombreuses. Certes, il ne s’agissait déjà plus de l’espoir qui suivit le cessez-le-feu de 1991, celui que l’on comptait en semaines, voire en jours. Ces dernières années, les attitudes, les propos, attestaient de sa disparition. J’ai en mémoire cette phrase d’un colonel de la Minurso qui m’avait dit en 2009. « L’ONU n’a pas pour tâche de résoudre un conflit, mais de le geler ». Et cette phrase revenant de plus en plus, même dans la bouche des plus modérés des Sahraouis : « Notre erreur la plus grave est d’avoir accepté le cessez le feu ».

Négocier de manière plus intensive…

Aujourd’hui, au moins, les choses sont claires. L’organisme (la Minurso), censé devoir organiser un referendum dans un délai de moins d’un an a échoué pendant 24 années consécutives et jette en quelque sorte l’éponge en renvoyant dos à dos dans l’impasse le Maroc et le Front Polisario, leur demandant en outre cyniquement de négocier de manière plus intensive.

Les différents émissaires de l’ONU dont Christopher Ross ont tous échoué en renvoyant la responsabilité du règlement du conflit aux deux parties. Il fallait certes essayer cette solution démocratique, mais elle n’a rien donné pendant tant d’années. Cette situation enferme toutes les parties dans un jeu de rôles contrôlé de maintien des antagonismes dont la victime reste la population sahraouie. Ce jeu cruel enferme chaque partie dans son périmètre dont elle ne sort plus.

L’ONU, principal bénéficiaire du gel

Ainsi après quelques durcissements il suffisait et il suffira encore au Maroc de faire un pas en arrière sans conséquence pour renforcer ses appuis internationaux et sa position inflexible. Les négociateurs ne s’accordent que sur la date et l’hôtel de luxe où doivent se dérouler des discussions toutes aussi informelles qu’inutiles, les différents comités de soutiens programment sans illusion leur prochaine assemblée annuelle et « copié-collé » leurs communiqués que plus personne ne lit.

La grande majorité des ONG occupent un terrain que les solutions politiques ont déserté. L’ONU déploie et fait vivre dans les camps ses filiales humanitaires (Programme Alimentaire Mondial, UNICEF, OMS, Haut-Comité-des-Réfugiés…) devenant ainsi le principal bénéficiaire du gel de solution qu’elle met en place. L’absence d’obligation de résultat finit par aboutir à un conflit d’intérêt, voire à une prise illégale d’intérêts !

 

« La situation dans les camps est humainement insupportable »

 

Même la volonté de mandater la Minurso de la surveillance des Droits Humains est devenu un sujet possible de diversion. Ce droit légitime qui devrait sans débat faire partie intégrante des missions de l’ONU ne doit pas détourner la Minurso de sa mission principale : l’organisation du referendum de la dernière colonie d’Afrique ! Les jugements de civils par des tribunaux militaires, l’absence des droits de la défense, les dépositions sous la torture, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées, les violences physiques et psychologiques…, ne sont pas négociables à la baisse en contrepartie d’un statu quo, mais condamnables par des instances internationales. Si l’ONU ne reprend pas la main pour organiser de facto, et sur ses seules prérogatives, ce referendum, et elle ne semble pas vouloir le faire en décrétant un statu quo, elle doit se retirer.

Photo de Jean-François Debargue dans les camps de réfugiés sahraouis

Photo de Jean-François Debargue dans les camps de réfugiés sahraouis

La situation dans les camps est humainement insupportable malgré l’aide internationale. L’assistanat chronique et le manque de perspectives ont des effets secondaires sanitaires et psychologiques graves. Un seul exemple : cette république en exil est le pays d’Afrique qui a le meilleur taux d’alphabétisation, obtenu en deux générations dans des conditions difficilement imaginables. Pour quel objectif ? Faire le deuil de son avenir personnel et celui de son peuple ? Après avoir fait celui de ses martyrs et celui de ses proches, morts trop tôt dans les camps ?

Ce n’est pas à moi de dire aux Sahraouis la façon dont ils peuvent choisir de vivre ou de mourir. Ils ont déjà tant souffert et il serait indécent de dicter une conduite à tenir sans être des leurs. Je sais simplement que depuis hier, l’ONU a choisi de ne pas leur permettre d’espérer qu’une solution négociée soit possible.

Jean-François Debargue, le 30 avril 2015

Une Réponse à Jean-François Debargue : « La Minurso jette l’éponge »

  1. feli le 10 mai 2015 à 15 h 15 min

    MERCI JEAN FRANÇOIS … ENSEMBLE … SANS ETRE INOCENTS NOUS SAVONS QUE NOUS AUSSI NOUS SOMMES UTILISÉES MÉCHAMMENT… BISES ET COURAGE…

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