La militante française, Michèle Decaster, malmenée par le Maroc. Nouvelles expulsions d’observateurs.

14 août 2014
Par
Michèle Decaster

Michèle Decaster

« Michèle Decaster, secrétaire générale de l’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA) a été enlevée, lundi 11 août 2014, à Tanger devant le Tribunal de première instance. »

C’est par ces mots que l’Association de défense des droits de l’homme au Maroc (ASDHOM) a annoncé le nouvel incident qui vient d’émailler le voyage de cette militante française.

En effet, le soir du 6 août dernier, Michèle Decaster avait été expulsée du Sahara occidental, alors qu’elle était encore dans le bâtiment de l’aéroport d’El Ayoun (« capitale » de ce territoire non-autonome sous occupation marocaine depuis 39 ans).

Que s’est-il donc passé qui puisse expliquer ces deux événements alors que Michèle Decaster se rend régulièrement auprès de ses amis Sahraouis depuis ces dernières années, pour passer une à deux semaines de vacances hors des missions d’observation des procès ?
Cette fois- ci, elle avait prévu d’y rester trois semaines à El Ayoun et Dakhla.

Ces récents évènements peuvent-ils avoir à voir avec son témoignage publié sur Nouvellesdusahara.fr à la suite de son précédent voyage, en décembre dernier, dans lequel elle faisait état des violences qu’avaient subies deux enfants sahraouis ? (Photo ci-dessous)

Labat et sa mère montrant le lieu de l'agression. Photo prise le 23 décembre par Lilith Marceau

Labat et sa mère montrant le lieu de l’agression. Photo prise le 23 décembre par Lilith Marceau

Un petit retour en arrière s’impose.

Le 6 août, Michèle Decaster dit avoir été « enlevée », selon son propre témoignage parvenu à Nouvellesdusahara.fr le lendemain.

« J’ai été séquestrée dans un véhicule présenté comme étant un taxi. Je n’ai pas été expulsée du Maroc, ayant fait valoir que cette expulsion aurait été illégale car sans décision judiciaire alors que j’étais entrée en toute légalité à Casablanca. »

Pour sa sécurité, la présidente de l’AFASPA a voulu prévenir le Consulat de France et les défenseurs des droits de l’homme. Mais, a-t-elle raconté, « les vingt policiers, en civil, m’ont interdit de téléphoner, ce que j’ai voulu faire pourtant, mais l’un d’eux, plus vindicatif que les autres, m’a saisi la main pour me prendre mon mobile. Dans la bousculade qui eut lieu, il a fait valser la batterie que je n’ai pu rattraper. Mon téléphone était donc hors d’usage ! »

Ensuite, « les policiers m’ont ensuite conduit à ce qu’ils ont déclaré être un taxi mais je ne voulais pas monter sans ma batterie. Ils se sont alors mis à trois pour me pousser dans le véhicule, un autre passant par l’autre porte pour me tirer… »

« Je précise que je n’ai pas été tabassée, seulement rudoyée à deux reprises : dans l’aéroport et devant le taxi. Deux hommes en civils sont montés à bord en sus du chauffeur. Et trois fourgons des GUS (Groupes Urbains de Sécurité) nous ont « escortés » jusqu’à la sortie de El Ayoun ainsi qu’un véhicule banalisé qui fut seul à nous suivre jusqu’à la sortie du territoire non autonome du Sahara occidental. Direction Agadir m’a-t-on annoncé alors. »

Lire le rapport détaillé de ce qu’a enduré Michèle Decaster à l’aéroport d’El Ayoun, publié sur le site de l’AFASPA.

Après un voyage éprouvant, Michèle Decaster précise avoir été reçue le lendemain par la Vice-Consul de France à Agadir. Elle devait être reçue également par l’Ambassade de France.

Décidée à rester au Maroc, Michèle Decaster a regagné Casablanca, par où elle était passée à l’aller pour prendre un avion vers El Ayoun. Elle a été semble-t-il constamment suivie par des agents de la sureté marocaine.
Elle a été appréhendée une seconde fois par la police du pays, lundi dernier.

Cette vidéo montre, vers la fin, de manière très furtive Michèle Decaster sur le lieu des échauffourées avec la police, mais pas son « arrestation ».

 

Cette fois-ci, le compte-rendu vient d’une association dont le siège se trouve à Nanterre, près de Paris, l’ASDHOM.
« Michèle Decaster était présente au rassemblement organisé devant le tribunal pour soutenir Wafae Charaf et Boubker El-Khamlichi, qui comparaissaient le même jour. » Ce sont deux militants du parti politique La Voie démocratique arrêtés pour leurs activités politiques.

Plus d’infos sur ce procès :

Site de l’ASDHOM

Site de l’AFASPA

Le verdict a été prononcé vers 9 h le 12 août. Boubker Khamlichi est relaxé, mais Wafae Charaf est condamnée à un an de prison ferme, 5000 dh d’amende et 50 000 dh de dédommagement pour la partie civile.

Selon les témoignages de plusieurs soutiens présents au rassemblement, poursuit l’ASDHOM, les forces de police ont chargé les manifestants et c’est à ce moment-là que Michèle Decaster, qui prenait des photos de l’intervention, a été poussée et embarquée dans une voiture qui a pris une destination inconnue.

Une partie des personnes manifestant pacifiquement devant le tribunal de Tanger. Au premier plan, la militante Khadija Riyadi, ex-présidente de l’AMDH, qui a reçu en 2013 un prix des Nations Unies pour son combat en faveur des droits de l'homme. Photo AMDH.

Une partie des personnes manifestant pacifiquement devant le tribunal de Tanger. Au premier plan, la militante Khadija Riyadi, ex-présidente de l’AMDH, qui a reçu en 2013 un prix des Nations Unies pour son combat en faveur des droits de l’homme. Photo AMDH.

 

« Je m’étais réfugiée parmi les manifestants car  j’étais coursée par des policiers qui voulaient visiblement m’empêcher d’atteindre le tribunal. Les manifestants ont alors tenté de me protéger. Mais, les policiers ont forcé violemment la foule pour me saisir brutalement. Certains m’ont poussé dans le dos, d’autres me tiraient par les bras pour m’emmener vers une petite voiture, peut-être un taxi, dans laquelle ils m’ont littéralement soulevée et jetée sur le siège arrière. Un policier s’est assis à ma droite, un autre, très gros, est monté à ma gauche. Ils ont donné des ordres au conducteur. Il a conduit son véhicule à la Préfecture de police de Tanger. »

Cette intervention a fait plusieurs blessés.

Un temps détenue à la préfecture de Tanger, au service des étrangers, Michele Decaster est, selon les dernières nouvelles reçues indirectement d’elle ce mercredi, en liberté, surveillée doit-on dire. Elle a été remise en liberté vers 20 h, sans qu’on lui ait fait signer ni relire sa déposition -preuve semble-t-il qu’il s’agissait surtout d’une manœuvre pour l’empêcher d’assister au procès, malgré le fait qu’elle était porteuse d’un mandat d’observatrice délivrée par l’AFASPA qui suivait déjà cette histoire auparavant.

Quel sens Michèle Decaster donne de ces incidents ?

La militante estime que « les autorités marocaines sont en difficulté pour préserver l’image qu’elles donnent à l’extérieur, et particulièrement en Europe, alors que le fonctionnement de la justice est le même au Maroc et dans le pays qu’il occupe illégalement, le Sahara occidental.

« En expulsant ces dernières semaines deux journalistes italiens, trois journalistes basques, une amie française et une canadienne venus visiter des activistes sahraouis, les autorités marocaines pensent empêcher la divulgation de la réalité de l’occupation coloniale du Sahara occidental d’une part et d’autre part de l’opposition qui grandit au Maroc contre les atteintes aux libertés individuelles et collectives, ce qui est le cas dans le procès de Tanger, avec le licenciement des travailleurs d’une zone franche de la ville pour avoir constitué un syndicat. »

À voir quelles seront les conséquences de ces incidents entre les deux états marocain et français, alors que les relations sont tendues depuis le printemps et le dépôt de deux plaintes pour tortures contre un militant sahraoui (Naama Asfari) et un franco-marocain.

Pour l’heure, seule une réponse officielle particulièrement brève est à noter du côté du Quai d’Orsay, le porte-parole se contentant de dire que l’ambassade suit avec attention la situation de Michèle Decaster.

À suivre

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