La peur d’une « contagion » du conflit Malien sera-t-elle bénéfique aux Sahraouis ?

22 avril 2013
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La crainte d’une « contagion » du conflit du Mali et de l’offensive djihadiste sur le reste de la région, notamment le Sahara occidental, sera-t-elle profitable aux Sahraouis et à leur combat pour l’indépendance ? Alors que des échéances importantes arrivent, la question se pose sérieusement.

C’est Christopher Ross, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, qui a donné le ton début avril lors de sa visite à Alger : « La situation dangereuse dans la région du Sahel et son voisinage rend une solution plus urgente que jamais à la crise au Sahara occidental« , a-t-il déclaré à la presse. Une semaine plus tard, le rapport transmis au Conseil de sécurité par Ban Ki-moon alimentait cette idée qu’il existe un risque de contagion du conflit malien.

« Les gouvernements consultés (NDLA : des pays constituant le groupe dit des amis du Sahara occidental) se sont gravement préoccupés du risque que les combats au Mali puissent déborder sur les pays voisins et contribuer à radicaliser les camps de réfugiés« , peut-on ainsi lire dans le rapport. « Un gouvernement (a) qualifié la situation dans les camps (de réfugiés sahraouis) de bombe à retardement« , peut-on encore relever.

Une situation de plus en plus inquiétante

Plus largement, il est noté que « depuis que des éléments armés liés à Al-Qaida ont pris le nord du Mali au début de 2012, la situation sur le plan de la sûreté et de la sécurité est de plus en plus inquiétante« .

Face à ces constats, le Conseil de sécurité, amené à voter d’ici quelques jours et comme chaque années depuis 1991 une résolution renouvelant le mandat de la mission onusienne (la Minurso), va-t-il marquer un volontarisme plus marqué pour s’impliquer dans la gestion du dossier et de la situation sécuritaire actuelle ?

L’américain Christopher Ross fait état dans le rapport de l’ONU de son espoir de voir le conflit au Mali insuffler un nouvel élan aux négociations concernant le Sahara occidental. Mais, il avoue que « les parties directement et indirectement concernées par le conflit n’avaient pas réagi dans ce sens« .

Au-delà du Maroc et du Front Polisario, l’envoyé spécial visait-il la France ? Une nouvelle fois, la responsabilité de la France dans la résolution du conflit est en tout cas pointée. Car, début avril, François Hollande qui a repris à son compte les craintes de Ban Ki-moon devant le Parlement marocain a conclu son discours en rappelant la position intangible de la France : soutenir l’autonomie renforcée proposée par le Maroc… Sachant par là-même que cette voie aboutit depuis 2007 (date à laquelle cette « solution » a été transmise à l’ONU par le Maroc) au statu-quo, puisque rejetée par le Front Polisario et non conforme aux résolutions de l’ONU qui, toutes, appellent à l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

Bientôt un plus fort engagement de l’ONU ?

Conscients de cette impasse (rhétorique tout autant que politique), les pays pro-Maroc comme la France pourraient peut-être s’accorder à faire un pas vers une revendication ancienne des ONG et de certains pays comme le Royaume-Uni : l’extension du mandat de la Minurso à la surveillance du respect des droits de l’homme dans la partie du Sahara occidental sous occupation marocaine et dans les camps de réfugiés sous administration du Front Polisario.

C’est en tout cas ce que laisse entendre un article du 15 avril dernier publié par un media indépendant marocain, Lakome. L’information reprise dans Le Monde  du 17 avril précise que les Etats-Unis ont pris l’initiative de rédiger une résolution dans ce sens et d’en proposer une version préparatoire au groupe d’Amis cité plus haut (Etats-Unis, Royaume Uni, France, Russie et Espagne).

Il faut dire que les rapports constatant des violations des droits des Sahraouis dans les territoires annexés par le Maroc en 1975 s’accumulent. Plusieurs d’entre eux émanent de personnalités ou d’ONG crédibles aux yeux des USA, comme le Robert F. Kennedy Center for justice and Human rights ou Juan Mendez (rapporteur spécial sur la torture).

Mais, quelques jours après, l’initiative américaine fait flop. Selon plusieurs media, les USA et le Maroc auraient réussi à trouver un terrain d’entente, les premiers revenant en arrière avec l’abandon de cette option.

La France, soutien indéfectible du royaume marocain, n’a donc pas eu à imposer son veto au Conseil de sécurité sur cette question, comme cela s’est déjà produit (lire à ce sujet par exemple le texte de Philippe Bolopion, directeur ONU de Human Rights Watch) ? Sans ce retour en arrière, l’aurait-elle fait ? Rien n’est moins sûr, quand on voit, sur un sujet relativement mineur, les circonvolutions que le groupe PS à l’Assemblée nationale a une nouvelle fois fait, devant la délégation de militants pro-sahraouis reçus mercredi 17 avril au Palais Bourbon, pour reporter encore la relance du groupe d’études sur le Sahara occidental qui a déjà existé…

Collusion avec AQMI…

Si le projet de résolution était venu jusqu’au Conseil de sécurité qui se réunit le 25 avril, le Front Polisario en aurait accepter le principe. Le mouvement indépendantiste s’exprime dans ce sens depuis plusieurs années.

En attendant, la propagande joue à plein. Certains media marocains relaient sans cesse une collusion entre le Front Polisario et les groupes proches d’AQMI. Ce que l’envoyé spécial de l’ONU avait contesté en affirmant le 28 novembre 2012 que : « au Maroc,  les médias ont continué à parler d’un lien entre le Polisario et ces groupes, mais les hauts responsables à Rabat et à Nouakchott ont été clairs en disant qu’il n’y avait aucun lien existant« .

Le correspondant de l’AFP au Mali a rédigé une dépêche en date du 16 avril dans laquelle il avance que « de nombreux combattants du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), un des trois groupes islamistes armés qui ont occupé le nord du Mali pendant plusieurs mois en 2012, sont retournés dans les camps du Polisario« . Ce qui laisse entendre qu’il existe une réelle porosité entre le Polisario et le Mujao. Le lendemain de la dépêche, les autorités sahraouies ont apporté un démenti clair.

D’autres titres, y compris de la presse française, avancent également une telle proximité. Dans Le Nouvel Observateur du 24/1/2013, on pouvait lire ainsi que « ces fils de militants du Front Polisario ou de Sahraouis ralliés au Maroc (…) ont rejoint par dizaine les rangs des dihadistes » ().

On peut se demander si le Front Polisario irait jusqu’à escorter les patrouilles de la Minurso s’il abritait -volontairement ou même involontairement- des groupes djihadistes sur ses terres, comme l’explique le rapport de Ban Ki-moon.

On peut lire dans le rapport du SG de l’ONU de début avril que « les commandants du Front Polisario n’ont pas exclu l’éventualité d’infiltrations terroristes« . Il y en a eu semble-t-il en juillet 2011 lors de l’enlèvement des trois humanitaires.

Mais, aujourd’hui, le Front Polisario semble tout à fait conscient de l’impact qu’aurait un seul nouvel enlèvement dans le territoire sous son contrôle. Un événement qui ne manquerait pas d’être exploité par le Maroc et ses media pour discréditer un mouvement sahraoui qui serait incapable de sécuriser une région (quand il prétend pouvoir administrer son propre pays demain).

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