Maima Mahamud, représentante du Front polisario à Genève : « Il n’existe qu’une seule voie, celle du référendum »

5 juin 2014
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Reconnu comme le « représentant légitime du peuple sahraoui » par l’ONU, le Front polisario compte de nombreux « diplomates » dans le monde. Leur mission : porter la voix du peuple sahraoui et défendre la politique définie par les instances dirigeantes du mouvement. Un travail de lobbying particulier puisque, si la « République arabe sahraouie démocratique » (RASD) est reconnue par plusieurs dizaines de pays, elle n’est pas considérée comme un pays à part entière. Parmi ses ambassadeurs, Maima Mahamud, représentante auprès des autorités suisses et de l’office des Nations-Unies à Genève, après avoir été basée à Helsinki. Un poste stratégique tant la diplomatie y est intense. Rencontre.

Nouvellesdusahara.fr :

En qui consiste particulièrement votre mission auprès du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui tient ses sessions à Genève ?

Maima Mahamud :

Ma mission est de rendre visible la question du conflit du Sahara occidental et de dénoncer les violations des droits de l’homme qui sont perpétrées au Sahara Occidental. Je fais du lobbying au sein du corps diplomatique accrédité en Suisse pour obtenir l’appui des Etats.

L’objectif principal est d’éviter que le conflit du Sahara Occidental ne tombe dans l’oubli. Pour cela, il faut que les personnes qui décident aient une information de première main sur la situation.

Nouvellesdusahara.fr :

Comment travaillez-vous ? Le Front polisario, à travers la RASD, n’est pas membre de cette institution ; le Maroc oui, depuis novembre 2013. (Lire à ce sujet l’article paru sur le site de la Télé Libre)

Maima Mahamud :

Je suis accréditée comme ONG, mais, malgré cela, avec cette accréditation je peux faire mon travail au Palais des Nations (siège de l’office de l’ONU) pendant les séances, participer aux sessions plénières et être informée de tout ce qui se passe. Bien sûr, je ne peux pas intervenir en tant qu’Etat, mais je peux participer de manière orale ou écrite sur les différents points de la discussion, et ce, pour chaque session. Ce qui me permet de dénoncer les violations des Droits de l’Homme faites à la population civile sahraouie.

Maima Saida, en mai 2010, rencontrée dans le camp de réfugiés de Dakhla, d'où elle est originaire (Photo : O.Quarante)

Maima Mahamud, en mai 2010, rencontrée dans le camp de réfugiés de Dakhla, d’où elle est originaire (Photo : O.Quarante)

 

Nouvellesdusahara.fr :

Le fait de ne pas être représentant d’un pays membre ne doit pas aider à entrer en contact avec les représentants officiels. Comment cela se passe-t-il ?

Maima Mahamud :

En tant que représentante du Front Polisario, qui est assez connu dans le monde diplomatique, nous avons toujours été reçus et nous avons obtenu les réunions que nous sollicitons auprès des ambassades pour les informer sur le conflit sahraoui. Par conséquent, le fait de ne pas être reconnu officiellement n’est pas un problème pour effectuer notre travail.

Nouvellesdusahara.fr :

Avez-vous des échanges avec le représentant du Maroc ?

Maima Mahamud :

Je ne retiens que quelques rares saluts, je n’ai aucun contact avec le représentant marocain qui nous considère comme des ennemis.

Nouvellesdusahara.fr :

Avez-vous écouté l’interview diffusée sur le blog Nouvellesdusahara.fr de Monsieur Cherkaoui, président de la section régionale du Conseil National des Droits de l’Homme à El Ayoun ? qu’en pensez-vous ?

Maima Mahamud :

Oui, j’ai écouté cet entretien et je pense que le CNDH est aussi illégal que son créateur, le Maroc. Toutes ces déclarations sont faites pour que la population sahraouie accepte le CNDH, et que cela permette au Maroc d’éviter une intervention internationale pour étendre le mandat de la MINURSO et demander à la mission de l’ONU d’assurer la protection des droits de l’homme au Sahara Occidental.

Les Marocains n’ont aucun droit d’être au Sahara Occidental et ils n’ont pas le droit non plus de désigner quelqu’un pour s’occuper des droits de l’homme au Sahara Occidental. Toutes ces initiatives sont prises pour donner au Maroc l’image d’un pays démocratique… Mais, le vrai Maroc est très très très loin d’être un pays démocratique.

 

Maima Saida discutant avec un jeune réfugié. Photo : O.Quarante

Maima Mahamud discutant avec un jeune réfugié. Photo : O.Quarante

 

Nouvellesdusahara.fr :

Que pensez-vous de l’idée que le président de la section régionale du CNDH défend, à savoir qu’il y a besoin d’avoir une période de transition calme au Sahara occidental pour permettre à ce qu’il appelle « la troisième voie » (c’est-à-dire les Sahraouis qui ne s’expriment pas) de réfléchir sereinement et ainsi de se bâtir sa propre opinion sur l’avenir du territoire ?

Etes-vous d’accord avec cette idée ? Cela me fait penser à l’idée défendue par Aminatou Haidar de continuer à agir auprès des Sahraouis des territoires occupés pour créer une réelle société civile sahraouie capable de prendre position au moment du référendum…

Maima Mahamud :

Je pense que toutes ces idées autour de la troisième voie sont du pur théâtre pour démontrer que les Marocains sont à l’écoute des demandes des sahraouis. Ce qu’ils cherchent pourtant, c’est à imposer l’autonomie.

Je suis d’accord sur le fait qu’il faut travailler davantage sur la conscientisation de notre population des territoires occupés pour que ces Sahraouis connaissent plus de choses sur le statut du territoire du Sahara Occidental, sur les droits et les devoirs, et surtout sur l’importance de leur résistance à l’occupation.

La « troisième voie » n’existe pas. Il n’existe qu’une seule voie pour résoudre le conflit du Sahara Occidental à travers l’expression de la majorité des sahraouis au cours d’un référendum qui leur permettra de décider ce qu’ils veulent être dans le futur.

Nouvellesdusahara.fr :

A travers son entrée récente au Conseil des droits de l’homme, à travers l’action du CNDH, à travers la loi promise sur l’interdiction de faire juger les civils par des tribunaux militaires, le Maroc montre finalement à la communauté internationale qu’il est conscient des efforts qu’il reste à faire dans ce domaine. Même si beaucoup de critiques s’expriment sur la réalité de cette volonté, les grandes puissances semblent s’en satisfaire. J’en veux pour preuve le refus une nouvelle fois du Conseil de sécurité de donner à la MINURSO la compétence « surveillance des droits de l’homme ».

Dans ce contexte, que peut faire le Front polisario pour continuer à dénoncer les violations des droits des sahraouis et réclamer encore ce monitoring pour la MINURSO ?

 

Personne ne peut imposer une solution aux Sahraouis

 

Maima Mahamud :

Le Front Polisario est engagé avec la communauté internationale dans l’obtention d’une solution pacifique au conflit du Sahara Occidental. Mais la population sahraouie, et notamment les jeunes, ne sont pas prêts à perdre plus de temps dans ce compromis.

Le Front Polisario va continuer à dénoncer et à montrer dans le monde entier les violations perpétrées contre la population sahraoui des territoires occupés, sans défense, jusqu’à ce que la communauté internationale réagisse. Nous espérons que cette lutte ne nous prendra pas trop de temps.

Le peuple sahraoui est un peuple pacifique et le monde entier doit respecter sa décision de ne vouloir rester sous  aucune occupation. Ni le Maroc, ni le Front Polisario, ni personne ne peuvent imposer une solution aux Sahraouis. Nous n’accepterons qu’une décision approuvée par la majorité des sahraouis lors d’un référendum libre et transparent.

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