
Rencontre de la délégation sous surveillance policière. Crédit : Center Robert F. Kennedy for justice and Human rights
Le Maroc a toujours du mal à laisser les observateurs étrangers sillonner le Sahara occidental. Kerry Kennedy, la fille de Robert F. Kennedy, raconte.
(Cet article a été actualisé le 23 octobre 2012)
On se souvient qu’en mai dernier, à quelques jours de la visite que devait entamer au Sahara occidental l’envoyé spécial de Ban Ki-moon, le Maroc retirait sa confiance au représentant de l’ONU. Résultat : visite annulée. (Lire l’article publié le 15 juin sur Nouvellesdusahara)
Cette fois-ci, la visite d’observateurs étrangers a bien eu lieu, mais dans quel contexte…
Une délégation du « Robert F. Kennedy Center for justice and Human rights », une fondation américaine présidée par une fille de Robert Kennedy, vient de passer plusieurs jours au Maroc et au Sahara occidental.
Lire le communiqué présentant le cadre de cette mission : ici. (En français)
Après avoir rencontré plusieurs personnalités politiques marocaines, elle s’est rendue à Laayoune et y a rencontré plusieurs ONG Sahraouies qui militent pour le respect des droits humains mais non reconnues par le pouvoir marocain.
Première « faute » pour le pouvoir et la presse du Maroc. Dès lors, la mission américaine ne pouvait plus être « objective » et « crédible ». Crime de lèse-majesté, les membres de la délégation se sont rendus au domicile de Aminatou Haidar, véritable égérie des militants sahraouis favorables à l’indépendance du Sahara occidental.
La délégation n’était sur place que depuis trois jours que, selon le communiqué publié sur le site du Gouvernement du Maroc, « la presse quotidienne de ce mercredi (NDLR : 29 août) continue de commenter la mission de la Fondation Robert Kennedy dans les provinces du sud, soulignant que cette dernière n’a pas réussi à faire preuve de crédibilité, de neutralité et d’impartialité, en épousant les thèses des ennemis de l’intégrité territoriale du Royaume« .
Pourtant le 29 août, à l’issue d’un entretien qui s’est tenu entre Kerry Kennedy et le premier vice-président de la Chambre des conseillers, Mohamed Faouzi Ben Allal, il était noté, dans un autre communiqué officiel que « Kerry Kennedy, qui a indiqué avoir rencontré des représentants d’ONG et des autorités locales dans la région, a assuré n’avoir pas de positions préconçues sur la situation des droits humains au Sahara« .
En reprenant les propos de Kerry Kennedy, le communiqué officiel a fait preuve d’une plus grande nuance que l’article paru dans la revue Jeune Afrique le 5 septembre qui avance que la militante américaine est connue « pour ses positions pro-Polisario« .
On reconnaît là une stratégie habituelle orchestrée par le pouvoir marocain de chercher à discréditer systématiquement celui -fut-il étranger- qui n’épouse pas d’emblée la position officielle. « Pas de positions préconçues » + rencontre avec des ONG Sahraouies opposées au Maroc = pour les thèses séparatistes.
Illustration : « Dès le premier jour de sa visite à Laâyoune, la présidente de la Fondation Robert F. Kennedy pour la justice et les droits de l’Homme (RFK), Mme Kerry Kennedy, a fait montre d’un manque flagrant d’objectivité, en privilégiant les rencontres avec des individus porteurs de la thèse séparatiste, au détriment des sahraouis unionistes qui crient à la provocation« , peut-on lire dans un autre communiqué officiel daté du 27 août.
La liste des communiqués officiels : ici.
Il faut dire aussi que la publication par Kerry Kennedy sur le site de la fondation d’un texte relatant un incident survenu très vite, lors de son arrivée à Laayoune, n’a sûrement pas beaucoup plu : Lire le compte-rendu de cet incident repris par plusieurs organes de presse.
Dans son rapport préliminaire, la délégation constate qu’elle a été suivie par « la police secrète, physiquement empêchée d’observer une attaque contre des manifestants pacifiques, insultée, et soumise à une campagne de désinformation largement diffusée visant à saper la crédibilité de la délégation« .
Derrière cette polémique et ces tensions, c’est bien la question de la suite à donner à une revendication portée par plusieurs pays à l’ONU pour que soit mis au point un dispositif de surveillance du respect des droits de l’homme, au Sahara occidental comme dans les camps de réfugiés en Algérie. Le Front Polisario a depuis longtemps donné son accord.
Pour aller vers la résolution du conflit, tous les observateurs estiment que l’évolution de la position de pays comme la France est essentielle. Jusqu’à maintenant, le pouvoir français a toujours refusé l’ajout de ce volet « surveillance des droits de l’homme » à la mission onusienne sur place depuis 20 ans, contrairement à d’autres pays comme le Royaume-Uni, l’Autriche, l’Ouganda, le Nigeria ou le Mexique.
« Toutes les missions de maintien de la paix de l’ONU établies depuis 1991 disposent de ces mécanismes, qui reposent sur le constat que toute paix durable s’appuie sur le respect des droits de l’homme. Partout ailleurs, du Darfour au Timor Leste, en passant par le Kosovo, la France soutient pleinement l’intégration croissante des questions touchant aux droits de l’homme dans les missions de l’ONU. Il n’y a que sur le dossier sahraoui que Paris s’arc-boute, persistant à défendre une anomalie historique« , dénonçait Philippe Bolopion, directeur ONU de Human Rights Watch, le 22 décembre 2010 dans Le Monde. (Point de vue à lire ici)
Après les violences de novembre 2010 au Sahara occidental, la France avait refusé également l’envoi d’une mission d’enquête.
La délégation américaine a poursuivi sa mission en se rendant dans les camps de réfugiés au sud-ouest de l’Algérie, dans la région de Tindouf.
Les articles fustigeant le comportement du Polisario qui aurait empêché la délégation américaine de « rencontrer dans les camps de Tindouf en toute liberté des milliers de séquestrés sahraouis qui sont privés de leurs droits et libertés les plus élémentaires« , comme on peut le lire par exemple ici, étaient déjà nombreux, avant même que le séjour de la mission se termine.
Des manifestations de mécontentement ont bien lieu dans les camps de réfugiés depuis plusieurs mois. Mi-juin, par exemple, une route a été bloquée pour dénoncer les conditions de vie trés dures dans les campements, les agissements de la police de Tindouf, le couvre-feu à minuit…
Fin 2011, des tentes de protestation contre la politique du Polisario ont été plantées devant la « présidence » à Rabouni, le centre administratif des camps de réfugiés. Des slogans ont été exprimés. Récemment, le ministre de la coopération sahraoui aurait proposé sa démission pour protester contre certains agissements.
Certains sites pro-marocains évoquent le cas d’opposants au Polisario qui auraient été mis à l’écart pour ne pas être vus par la délégation US, sans apporter de preuves. Il est fait mention notamment du cas du chanteur sahraoui, Najem Allal, qui dénonce dans une de ses chansons la corruption qui toucherait de hauts responsables du Front Polisario. Mais, certains sites, comme celui d’emarrakech.info ou celui de Menara.ma qui reproduit le 11 septembre une dépêche de l’agence de presse gouvernementale MAP, avancent que c’est la délégation elle-même qui aurait refusé de le rencontrer.
(Ajouté le 4 septembre) Aucune trace pourtant de cela dans les observations préliminaires rédigées par la fondation américaine et publiées le 3 septembre sur son site : ici. (Version française à venir sur le site du RFK)
(Ajouté le 8 septembre 2012) Jointe par Nouvellesdusahara.fr, Marselha Gonçalves Margerin, Advocacy Director au Robert F. Kennedy Center for Justice & Human Rights, donne sa version des faits : « personnellement, j’ai appelé plusieurs fois Najem Allal pour organiser en rendez-vous avec la délégation au moment de notre visite dans les camps de réfugiés. Il m’avait informé que sa tente était au camp du « 27-Février ». J’arrive alors dans ce camp et lui téléphone en lui disant nos souhaits de le rencontrer et il me dit qu’il est en déplacement. Il rajoute qu’il vient quand même nous rencontrer. Mais, il n’est jamais arrivé. »
Certains organes de presse marocains évoquent « l’expulsion » de Najem Allal des camps de Tindouf pour avoir organisé un sit-in de protestation contre le comportement « partial » de la Fondation Robert Kennedy.
Concernant un autre Sahraoui, elle précise : »J’ai aussi essayé de parler avec M. Sidi Mouloud, sans succès. J’ai la volonté de connaître plus ce qu’il s’est passé et leur situation et j’espère pouvoir inclure leur cas dans le rapport final« .
Concernant les camps de Tindouf, le pré-rapport n’évoque que « les conditions de vie (qui) ne sont plus acceptables et affectent gravement les vies (…) de plus de 100 000 réfugiés« , comme le note Le Monde dans son édition du 5 septembre.
(Ajouté le 6 septembre) En revanche, il dénonce le « climat de peur » qui règne au Sahara occidental et relève « l’omniprésence des forces de sécurité, les violations du droit à la vie, à la liberté, à l’intégrité physique, à la liberté d’expression, de réunion et d’association » qui touchent des militants Sahraouis, alors que les auteurs de ces violations bénéficieraient d’une « quasi impunité« .
Un rapport complet du center RFK comprenant des recommandations pour résoudre les problèmes de droits de l’homme dans le territoire sous contrôle marocain au Sahara occidental et dans les camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf en Algérie est à venir.



Au royaume des aveugles le borgne est roi !
Le Sahara coûte tellement cher au Maroc (armée, armement, salaires revalorisés des fonctionnaires, « subventions » aux uns, gratuités aux autres, construction d’habitats pour occuper le terrain) qu’il n’est certainement pas prêt à se laisser contester et remettre en cause pour de banales questions de droits de l’homme. Dommage qu’un budget communication n’est pas été inscrit au programme de ces frais colossaux subis par toute une population de marocains qui, de toute façon, ne mettrons jamais les pieds au Sahara. La diplomatie n’est pas le point fort de ce pays. On arrive en force, on se maintien par oppression et tout le reste est nié ou occulté sans aucune vergogne. Un certain style en somme !
Et la vertueuse France, soucieuse de ses liens économiques et affectifs avec le Royaume fait l’autruche alors qu’elle sait se montrer si pointilleuse avec d’autres pays.
Nous verrons bien si le basculement de droite à gauche change les donnes en matière de visibilité et transparence au Sahara. ..Incha’Allah !
[...] d’entre eux émanent de personnalités ou d’ONG crédibles aux yeux des USA, comme le Robert F. Kennedy Center for justice and Human rights ou Juan Mendez (rapporteur spécial sur la [...]
[...] annexés par le Maroc en 1975, émanant notamment de personnalités ou d’ONG, comme le Robert F. Kennedy Center for justice and Human rights ou Juan Mendez (rapporteur spécial sur la torture), l’administration Obama avait lancé [...]
[...] moment où les grandes organisations internationales des droits de l’homme, comme le Centre Robert F.Kennedy pour la justice et les droits de l’homme, Amnesty International, Human Right [...]