Reportage dans L’Humanité : Mensonges et répression

24 octobre 2013
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Parution le mardi 22 octobre 2013

Alors que le Parlement européen doit examiner un rapport critique sur la situation au Sahara occidental au lendemain d’une nouvelle visite du représentant de l’ONU, le système répressif qui frappe les Sahraouis est toujours aussi implacable.

Les familles des prisonniers politiques de Gdeim Izik se réunissent et demandent sans relâche la libération de leurs proches incarcérés près de Rabat, jugés par un tribunal militaire.

Les familles des prisonniers politiques de Gdeim Izik se réunissent et demandent sans relâche la libération de leurs proches incarcérés près de Rabat, jugés par un tribunal militaire. O.Quarante

Cinq mois après les manifestations de Sahraouis qui protestaient en masse contre l’adoption d’une nouvelle résolution minimaliste de l’ONU sur le conflit du Sahara occidental, la vie se poursuit, entre état de siège et colonisation intense. Alors que la proposition américaine d’intégrer un volet droits de l’homme à la mission onusienne sur place, la Minurso, a été rejetée mi-avril, c’est bien la place de cette dernière, créée en 1991 pour organiser le référendum d’autodétermination qui doit décider de l’avenir de ce «territoire non autonome», qui est en question. La communauté internationale semble bien impuissante. Pas de mécanisme de surveillance des droits de l’homme, pas de pouvoir pour faire cesser l’exploitation effrénée des ressources naturelles… Quelle légitimité lui reste-t-il ? Même son siège, dans le bas de la ville de El Aaiun, la «capitale», est contraint physiquement. A 30 cm de la porte d’entrée, a été planté le drapeau du royaume chérifien pour signifier symboliquement l’évidence : Hassan II puis son fils Mohamed VI n’entendent pas lâcher un demi-mètre de ces 277 000 km2 que le Maroc occupe illégalement depuis 1975, année de la Marche Verte.

Tant pis pour la légalité internationale

El Aaiun, Boujdour, Dakhla, Smara… Dans ces quatre villes, les signes de la présence du Maroc sont de plus en plus démonstratifs. Les périphéries n’en finissent pas de s’étendre. Partout, des parcelles sont viabilisées et attendent l’arrivée de leurs habitants. D’anciens colons qui s’entassent dans des bidonvilles, ou de nouveaux migrants, pêcheurs, chauffeurs de taxi, militaires… à qui l’on a promis un avenir meilleur, une solde doublée et des prix subventionnés. Chaque ville s’ouvre sur une large avenue, bordée de trottoirs improbables, de lampadaires plus somptueux les uns que les autres et des kilomètres de palmiers. A El Aaiun, l’avenue de Smara, où se déroulent nombre de manifestations des Sahraouis, connaît un lifting complet. A Dakhla, des panneaux sont implantés pour annoncer ici la construction d’un complexe touristique (comme le Dakhla Bay), là la réalisation d’un lotissement… Le pouvoir marocain entend ainsi montrer combien il a investi au Sahara Occidental, combien il poursuit cette démarche, coûte que coûte, et combien consulter le peuple du Sahara Occidental, tel que l’ONU le prévoit depuis 1963, n’est plus plausible… Une politique du fait accompli. Tant pis pour la légalité internationale et tant pis pour le peuple Sahraoui qui proteste et demande simplement l’application du principe d’autodétermination sous les coups, les arrestations arbitraires, les «disparitions»…

Graffitis à Smara demandant l'autodétermination du peuple sahraoui.

Graffitis à Smara demandant l’autodétermination du peuple sahraoui. O.Quarante

Smara, à 250 kilomètres à l’est d’El Aaiun. Une ville de garnison. Nous sommes à une dizaine de kilomètres du mur de sable construit par le Maroc dans les années 80, en pleine guerre avec le Front polisario. Selon le Sahraoui qui sert de guide, les travaux qui défigurent la ville sont du «maquillage» pour «marocaniser» la ville (les autorités préfèrent «moderniser»). «L’ancienne mosquée de Smara qui portait sur le minaret et à l’intérieur les symboles des trois religions du Livre a été détruite en 2009 et a été remplacée par une très grande mosquée à la marocaine», raconte-t-il. Transformer ainsi Smara n’est pas anodin car la ville et ses environs sont le berceau de l’histoire des grandes tribus nomades sahraouies et mauritaniennes. Dans le quartier de Tantan en revanche, des graffiti «Vive le Polisario», «Vive la RASD» (1) ou demandant l’application de l’autodétermination, sont toujours visibles. Smara est une ville très active de la résistance sahraouie et porte encore les marques des manifestations qui y ont eu lieu fin mai.

Dans une petite pièce surchauffée (la température extérieure a dépassé les 45 degrés), chez Cheicki Loubbihi, président de l’association de défense des droits humains, les témoignages affluent, même si la police surveille et filme les allers et venues. Chacun veut venir raconter l’histoire de son fils, de son frère ou d’un autre membre de la famille. A la suite de la manifestation du 27 Mai pour réclamer le droit à l’autodétermination, cinq Sahraouis ont été arrêtés. Parmi eux, Malah Sidi Mohamed, 23 ans, que la police est venue arrêter à l’aube. Elle est revenue le lendemain pour fouiller la maison. Il a fallu entendre trois jours pour que sa famille puisse lui rendre visite. Au bout de cinq jours, il a été transféré à El Aaiun. Même scénario pour ses camarades, dont un mineur. Des conditions d’arrestation et une manière de recueillir des soi-disant aveux qui sont à recouper avec la répression qui a frappé six autres militants, âgés de 17 à 31 ans, à El Aaiun le 9 mai. Amnesty International, qui a lancé une action urgente le 15 mai les concernant, estime qu’ils auraient été arrêtés arbitrairement et torturés avant de leur faire signer des aveux. Pour les familles de Smara, la situation est intenable car, aux risques encourus par leurs enfants et aux mauvais traitements, s’ajoutent les difficultés pour leur rendre visite. Aller les voir est pourtant indispensable si l’on veut s’assurer qu’ils mangent à leur faim, qu’ils ne sont pas davantage maltraités, mais les déplacements sont coûteux pour des temps de parloir brefs. Une seule visite hebdomadaire est permise.

La suite du reportage : cliquez ici

8 Réponses à Reportage dans L’Humanité : Mensonges et répression

  1. naik le 25 octobre 2013 à 9 h 50 min

    merci Olivier
    heureusement que tu es là pour parler sans relâche de la cause sahraouie
    naïk

  2. nada le 26 octobre 2013 à 19 h 41 min

    Combien tu as touché de dollars pour faire cet article Olivier?

    Tu ne vois pas la volonté de la majorité pour aussi parler en leur non et tu parle de l’avis d’une minorité manipulé par l’Algérie comme toi

    On verra ce que tu va écrire pour le droit des Toureg dans le sud Algérien et le nord Malien …… N’ont -il pas le droit à l’autodétermination avec les richesse de gaz et pétrole et autres , ils veulent aussi leur indépendance….
    et la réunion, et la Guadeloupe, le Corse , les Basques etc etc

  3. H.B. le 27 octobre 2013 à 13 h 11 min

    H.B.
    je trouve que cet article est tres partial de la part de son auteur Olivier Quarante. celui-ci a oublié (volontairement ou involontairement) le coté historique du sahara occidental. l’etat sahraoui n a jamais existé sur ce territoire. avant la colonisation espagnol d’une partie du territoire marocain et avant le protectorat francais sur une autre partie, avant ces deux evenements le sahara a toujours été historiquement un territoire marocain.
    d’autre part, puisque on parle de droit d’autodetermination des peuples, pourquoi on ne souleve pas le meme droit pour:
    1) les touareg , sahraouis du sud de ce qu on appelle aujourd hui algerie
    2)les kabyles en algerie qui ont toujours reclamé leur independance
    3)les basques en espagne
    4)les catalans en espagne
    5)les corses en france,…
    ?????
    Non messieur Olivier Quarante, le sahara a toujours ete marocain avant la colonisation espagnole et il le restera.
    A lire pour plus d’ informations: Histoire du Maroc par Bernard Lugan

    • Olivier Quarante le 27 octobre 2013 à 19 h 38 min

      Bonsoir
      Je note les ressemblances entre les deux commentaires précédents. J’observe également le même procédé qui consiste a attaquer personnellement l’auteur. Je vous répondrai que non, je ne suis pas payé par l’Algérie, que je ne roule pour personne, ni pour le polisario ni pour le Maroc. Enfin, sur le fond, vous faites référence au « Sahara marocain », et c’est votre droit. Je vous ferai remarquer que la communauté internationale, que cela vous déplaise ou non, dit, elle, qu’il existe un « problème » au Sahara occidental, d’où le recours a une mission onusienne qui a pour objet d’organiser un référendum d’autodétermination qui doit permettre au « peuple sahraoui » (ce n’est pas moi qui le dit) de choisir entre son intégration au Maroc ou son indépendance. Mais je ne vous apprends rien. Bien à vous

      • ouassini le 17 mars 2014 à 19 h 26 min

        C est correct comme article

    • haghani le 23 juillet 2014 à 7 h 38 min

      Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. En droit international, le Sahara occidental ne relève pas de la souveraineté du Maroc. il est Territoire Non Autonome. En soi, ceci est un statut juridique qui veut dire que le territoire appartient à son peuple et non pas à un Etat constitué. devant le CIJ le Maroc n’a pu présenter aucun titre de propriété, à part le blabla sophiste sur la baiaa en droit musulman et l’Histoire pour le conte de la baiaa, les sahraouis ça les fait rire à en pleurer, quant à l’Histoire, à chacun la sienne! Par ailleurs, étant Territoire Non Autonome crée pour l’ONU l’obligation juridique d’appliquer le droit à l’autodétermination permettant au peuple du territoire de choisir son destin et celui de son territoire. Pour les marocains, la machine à pourrir les esprits a bien fonctionné pour le sahara occidental, comme pour bien d’autres sujets envers lesquels le régime alaouite a besoin de agneaux silencieux que de citoyens courageux! Je peux parler de deux catégories: 1- les manipulateurs (souvent bien payés par le régime) 2- les manipulés qui répètent, par innocence, ce que le régime leur inculque depuis des décennies. Pour ceux qui veulent réellement approfondir leur connaissance de ce conflit, il faut s’éloigner de la littérature du régime. lire par exemple l’avis consultatif du cij:http://www.icj-cij.org/docket/files/61/6194.pdf

  4. Michel le 5 novembre 2013 à 13 h 45 min

    Votre article dans l’Huma est très bon car il situe bien les choses dans le temps et rend compte de l’état d’esprit de résistance qui ne faiblit pas malgré toute cette répression.

  5. Majid le 8 novembre 2013 à 9 h 50 min

    Merci de vos écrits sur le S-O ! Hélas, ce sujet est occulté en France où l’on parle volontiers du Tibet mais jamais de ce qui se passe, là juste en
    face de nous…

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